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Economie

Lutte contre la construction du pont-route-rail entre Kinshasa et Brazzaville avant le port en eau profonde à Banana : Jean-Claude Vuemba ne lâche pas prise !

« Les enjeux de la construction du port en eau profonde à la lumière du projet de pont-route-rail Kinshasa-Brazzaville », tel était le thème de la conférence-débat organisée par la Nouvelle Classe Politique Kongo à Kinshasa et à laquelle le député provincial du Kongo Central Jean-Claude Vuemba était invité comme l’un des orateurs dimanche 30 juin. L’élu de Kasangulu qui s’est dit ne pas être farouchement opposé à ce projet de la Banque Africaine de développement (BAD) pour favoriser l’intégration sous-régionale, conditionne cependant la réalisation de ce projet d’abord par la construction du port en eau profonde à Banana. Il en donne amplement les raisons. Ci-dessous l’intégralité de son intervention :

  1. Introduction

BA TATA YE BA MAMA KIA MBOTE KIENO !

Les organisateurs m’ont demandé de vous entretenir sur « la problématique de la construction du port en eau profonde à la lumière du Pont route rail Kinshasa – Brazzaville ».

Je commencerai mon propos par une anecdote de l’Honorable Député Honoraire de Kinvula Ruffin MPAKA. Nous sommes en 2009. Joseph Kabila, Président de la République invite les Députés de chaque province. Il reçoit donc naturellement les élus du Caucus Kongo. Au cours de l’entretien, il dit, je cite : « L’Union Européenne est venue ici. Ils me font la pression au sujet du Pont qu’on doit jeter sur le fleuve entre Brazzaville et Kinshasa. Ils ont disponibilisé 500 millions d’euros. Ils m’accusent de bloquer le projet. Ces gens étaient ici, les Multinationales et consorts. Ils faisaient du désordre, ne respectant rien. Je les ai chassés. Maintenant ils veulent revenir par le Pont. Vous devez défendre la province. Moi je suis menacé. C’est vous les élus, il faut parler. Vous devez refuser ce projet. Je compte sur vous ». Fin de citation.-

C’est curieux. Ce fut pathétique. C’est pour la première fois, depuis que je fais la politique, d’entendre ainsi un Président de la République se plaindre en sollicitant la protection des Députés. Dix ans après, à un mois de la fin du mandat, le même Joseph Kabila qui nous disait de défendre la province va signer pour autoriser son arrêt de mort avec la construction du Pont route rail Kinshasa -Brazzaville.

  1. Questionnement

La question qui se pose est de savoir : « qu’est ce qui a changé entre-temps pour que monsieur KABILA change aussi radicalement de cap ? » Est-ce l’argent ? Est-ce des nouvelles pressions ? Ou simplement la vengeance ? Nous savions nous tous que Kabila devait partir. Il n’avait plus aucune autorité lui permettant d’engager ainsi le pays sur le long terme. Devrions-nous rester ainsi passif, en acceptant que la province, notre province soit sacrifiée sur l’hôtel d’arrangements et marchandages de la corruption de l’argent qui pue et nous tue ?

  1. Port en eau profonde et niveau des infrastructures de transport du Congo-Brazzaville

Depuis 20 ans, partout en Afrique le secteur maritime s’est structuré. Comme dans bien des secteurs économiques d’ailleurs, il n’y a que nous qui refusons d’engager des réformes permettant de moderniser nos installations. Certains groupes, n’ont pas attendu les caprices de Kabila. Ils  ont poursuivi leur stratégie d’acquisition, d’équipement et de modernisation des infrastructures portuaires.  Ils se sont installés en situation de monopole en obtenant le contrôle sur toute la côte atlantique, de tous les ports depuis le Golfe de Guinée jusqu’au Pointe noire.

Avec ces groupes, ces pays ont modernisé leurs installations avec des ports directement installés sur l’océan, ils ont acquis des équipements permettant une gestion multimodale,  des équipements dont la capacité de chargement et déchargement réduisent les durées et les coûts d’exploitation. Le temps, c’est aussi cela l’enjeu de la course à laquelle étaient engagées les multinationales du secteur. Mais, Kabila et ses conseillers mafieux n’ont pas compris cela. Pendant que Pointe-Noire travaillait pour ramener ses coûts d’exploitation à trois fois moins chers, nos économistes de la Kabilie s’amusaient à dépecer la Gécamines pour la livrer aux Chinois.

Entre-temps Brazzaville préparait la deuxième phase de sa stratégie visant de ravir le marché kinois, avec plus de 12 millions de consommateurs. En effet, nos voisins se sont engagés dans un programme d’investissement appelé « municipalisation accélérée » qui était destiné à équiper les villes et communes des équipements modernes : habitations, hôtels, stades, piscines, marchés, zones économiques spéciales. Un programme qui prévoyait en même temps d’interconnecter par la route et le rail les préfectures et la capitale, Brazzaville.

Ainsi, les routes du Pool, de la Bouenza et du Niari ont été construites ces dix dernières années. On voit bien qu’avec cette deuxième phase du programme de modernisation de nos voisins qu’il obéissait à une stratégie : atteindre le marché Kinois et, au-delà les 80 millions des consommateurs Congolais rdciens.

La troisième étape c’est celle qui vient d’être annoncée avec la Construction du Pont route rail Kinshasa-Brazzaville. Brazzaville a avancé sans bruit pendant que nous ici on se chamaillait pour le pouvoir, avec une majorité qui n’était contraint par aucune obligation de recevabilité parce que par deux fois, le pouvoir s’est installé par tricherie. Une majorité occupé à protéger un Chef illégitime, qui n’avait comme projet que se maintenir au pouvoir coûte que coûte.

  1. Le déclin de notre système de gouvernance illustre par la faillite de notre dispositif de transport

Léopold II, le fondateur de l’Etat Indépendant du Kongo avait négocié une sortie vers la mer pour assurer notre indépendance économique. Aujourd’hui, ceux qui parlent nuit et jour de souveraineté nationale ne comprennent pas que la souveraineté se construit aussi bien du point de vue de la défense, de la diplomatie que des choix économiques. La souveraineté en économie suppose de se donner les moyens énergétiques et de poursuivre continuellement l’investissement productif qui nous rende nos choix indépendants des ambitions des autres pays.

C’est depuis la rencontre avec Joseph Kabila, en 2009, que nous avons levé l’option de « construire d’abord le port en eau profonde, avant le pont route rail Kinshasa-Brazzaville ». Nous avions levé cette option parce que nous sommes conscients qu’on ne pourra pas indéfiniment refuser le développement. Nous ne pouvons pas renier notre signature car le pays avait accepté et ratifié le plan d’intégration sous régionale qui a prévu de construire ce pont pour relier l’Afrique occidentale à l’Afrique australe. Nous avons levé cette option parce que nous savons parfaitement que sans le port en eau profonde et la mise à niveau de nos équipements au niveau concurrentiel où se situent actuellement nos voisins, ce sera la mort lente et programmé du Kongo central. Sans le port en eau profonde notre économie ne supportera pas le contre coup de l’ouverture du pays par Pointe-Noire et Brazzaville. Ce sera la mort économique mais aussi la mort sur le plan social et culturel. Le pays Congo ne sera plus aussi fréquenté qu’il ne l’est aujourd’hui. Mbuji-Mayi a connu l’exode vers Kinshasa avec la fermeture de la Miba. Les conséquences de ce déclin sont visibles dans le grand Kasaï et à Kinshasa.

L’Onatra qui ne marche déjà pas si bien fermera. L’OCC, la Douane, la DGRAD, les transporteurs routiers subiront de plein fouet les conséquences du détournement du trafic de Pointe-Noire à Kinshasa, via Brazzaville. L’immobilier aussi en pâtira car les entrepôts fermeront du fait d’une réduction drastique des activités. Les hôtels aussi vont tarir. Et il y aura des pertes d’emplois, suivi d’impayement des loyers en cascade. Il y aura un transfert des ressources de péage au profit du Congo-Brazzaville et de l’Angola .Les mamans vendeurs sur la nationale n-1perdront leur clientèle, tout comme les jeunes tenanciers des cabines de vente d’unités de communication. Bref, il y aura des pleurs et des grincements des dents… la multiplication des suicides, la mort.

Nous devons éviter à notre peuple ces tribulations. Gouverner c’est prévoir, dit-on. Nous devons également prévoir les moyens permettant d’organiser l’adaptation de notre économie à ces changements annoncés.

  1. Conclusion

Quand bien même des opérateurs comme le Groupe Leydia que nous félicitons et que nous devons protéger s’efforce à moderniser nos équipements en construisant des ports privés aux normes internationales, je pense à GTM construit il y a 3 ans à Matadi, nous ne pourrons faire que l’économie d’investir directement sur l’océan. Car les difficultés rencontrées sur le bief fluvial, de Matadi à l’embouchure, même quand elles sont surmontées avec un investissement en dragage, ces difficultés ne rendent pas notre système concurrentiel vis-à-vis des voisins installés directement à l’océan où ils peuvent sans rupture recevoir les navires de tonnages inégalés. C’est pour ça que nous devons nous battre pour faire ce que les Kabila n’ont pas fait en 22 ans.

Nos pères qui ont fondé cette nation se sont battus pour l’indépendance politique. Je salue en passant la mémoire de Mfumu Kimbangu, le président Kasa Vubu, papa Edmond Nzeza N’landu et les autres. Juste avant nous, la génération qui précède, je pense à nos Papa Mbenza Tubi, Alphonse Kembukusua, Maître Ndundi Ndudi… qui nous ont quittés, Mais aussi aux gardiens qui sont restés : honorable Gilbert Kiakuama, Nsisi Makengo, Ne Muanda Nsemi… Cette génération a eu le mérite de maintenir notre province unie. Ceux qui sont partis nous laissent un devoir et un défi. Le devoir c’est de réaliser l’unité du pays Kongo jusqu’aux confins de Léopoldville. On peut y arriver. On doit le faire car la Constitution prévoit l’union entre les provinces. Et c’est ce que réclament pour leur espace ancestral nos frères du Katanga. Et c’est notre devoir.

Le défi c’est d’amorcer notre décollage économique. C’est le sens du discours que j’ai présenté devant les élus provinciaux Ne Kongo à l’occasion de ma campagne pour le vote des Gouverneurs de province. Mais comme à toujours dit N’longi à Kongo, « malheur à ceux qui comprennent toujours en retard ». Telle est chers amis, mes frères, ma contribution à cette conférence sur les enjeux de la construction du port en eau profonde, à la lumière du projet de pont route rail Kinshasa-Brazzaville.

Je vous remercie.

Kinshasa, le 30 juin 2019

Jean-Claude VUEMBA LUZAMBA


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