EconomieKimbembe Mazunga signe et persiste : la SCTP est loin d’être un canard boiteux !

6 février 201919 min
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L’homme est resté silencieux pendant deux ans sans parler. C’est seulement lorsqu’il a été indexé dans un article de Scooprdc.net comme ayant bouffé les recettes de la taxe de redevance logistique terrestre pendant son mandat qu’il a réagi. Mais il ne voulait nullement une interview. « Je n’aurait jamais parlé si l’un de vos journalistes ne m’avait pas incriminé faussement », nous a-t-il déclaré. Il nous l’a finalement accordée après notre forte insistance. Lui c’est Kimbembe Mazunga. Ancien conseiller du président de la république en matière d’infrastructures, ancien ministre des Travaux publics, ancien gouverneur de la ville de Kinshasa et ancien Directeur Général de la Société Commerciale de Transports et Ports (SCPT), ex-Office National de Transports (Onatra). Ci-dessous, l’intégralité de l’interview exclusivement accordée à Scooprdc.net :

Kimbembe Mazunga, bonjour !

Kimbembe Mazunga : bonjour cher ami !

Vous êtes ancien DG de la SCTP, ex-Onatra. Les agents de cette société sont actuellement en grève. Un petit commentaire de votre part ?

K.M : je souffre autant qu’eux. C’est des personnes avec qui j’ai travaillé, j’ai les côtoyées,  d’abord c’est de gens qui ne gagnent pas beaucoup d’argent. Vous savez, je me cassais en mille morceaux pour les payer le mois le mois, même si la situation de la l’entreprise ne me le permettait pas, parce qu’on faisait de la gymnastique. Aujourd’hui pour être DG de l’Onatra il faut savoir fabriquer son argent, il ne faut pas attendre les mannes du ciel car elles ne tomberont jamais. L’Onatra a tous les attributs, tous les moyens pour produire de l’argent dans les garanties. Alors, je souffre avec ces 18 mille ou 21 mille familles et tous ces retraités. Je sais qu’ils sont en train d’endurer de lourdes souffrances et je compatis avec eux. Mais, écoutez, je ne suis pas à la tête de l’Onatra. Mais je ne peux pas imaginer en tant qu’humain, que des pères de famille restent 19 mois impayés. C’est affreux, c’est atroces, c’est irresponsable, ça frise l’incompétence !

D’après votre diagnostic, quels sont les véritables maux qui rongent cette entreprise que d’aucuns qualifient de canard boiteux ?

K.M : l’Onatra ou la SCTP aujourd’hui est loin d’être un canard boiteux. Comment imaginer qu’un canard boiteux à l’époque où j’étais aux commandes, pouvait financer, participer à l’actionnariat d’une société comme Congo Airways à la hauteur de 10 millions USD ? Cette société réputée canard boiteux a financé des équipements pour près de 10 millions USD en faveur de la SNCC ! L’Onatra est loin d’être un canard boiteux, il repose sur un patrimoine immobilier important de près de 3 milliards USD, trois fois la valeur de sa mise en concession. L’Onatra, c’est un pouvoir d’endettement immense. Et avec ce pouvoir d’endettement avec ce qui représente le patrimoine immobilier de l’Onatra, aucune banque ne pourra récuser  sa demande pour lui permettre d’avoir un nouveau souffle.

Bon Dieu, aujourd’hui a-t-on même besoin d’aller vers les banques avec cette manne du ciel qui se présente le long du chemin de fer, tous ces projets de cimenterie et il y en a trois qui fonctionnent déjà ! Mais c’est une manne du ciel l’Onatra ne peut pas manquer de quoi payer ses ouvriers.

Donc le problème est au niveau de la gestion et non de finances ?

K.M : Je ne juge pas les gestionnaires, je n’ai pas cette capacité. C’est vrai qu’on ne peut pas venir à la SCTP sans trouver des dettes. Moi-même j’ai trouvé des mois d’arriérés des salaires. Mais avec l’équipe que j’avais, en moins de vingt jours on avait épongé tous les arriérés des salaires. Et mon premier exercice 2015 on n’avait pas 1 USD d’arriérés des salaires. Je n’ai pas terminé l’exercice 2016, je suis parti au mois de novembre, et après moi il y a eu le DGA qui a assumé l’intérim. Et pendant tout ce temps je ne sais pas quelles sont les transformations qui se sont opérées pour qu’on en arrive à cette situation.

Mais deux mois avant ma suspension, j’avais fait un rapport au président de la République relayé au premier ministre de l’époque pour dire que j’étais au seuil de la relance effective de la société dont la gestion m’avait été confiée. On ne raconte pas de mensonges, des contre-vérités à un président de la république et à un premier ministre.

C’était une façon d’éviter la privatisation de l’entreprise ?

K.M : je n’avais pas le pouvoir d’éviter la privatisation. C’était une décision du Gouvernement, mais qui tardait à être mise en application. Mais moi en tant que DG j’avais une masse, j’avais un patrimoine, je devais travailler. Et le malheur, ce que pendant que cette privatisation attendait d’être mise en œuvre, moi j’ai eu à évaluer et valoriser le patrimoine immobilier. J’ai eu aussi à remettre le trafic sur le chemin de fer. J’ai donné à l’entreprise des atouts qui permettaient aux banques de nous accompagner.

Il y a des travailleurs qui disent que rien qu’avec la taxe de redevance logistique terrestre, la société peut renouveler l’outil de travail et rémunérer les agents. Est-ce le cas parce que vous aviez géré cette taxe dont on vous accuse d’ailleurs d’avoir bouffé 30 millions USD ?

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K.M : c’est impossible pour un DG de l’Onatra de bouffer une taxe. D’abord, à l’époque quand j’étais aux affaires, les dépenses sur le compte de la redevance logistique terrestre étaient ordonnées par le ministre. Il donnait instruction aux deux ministres des finances et transports et les dépenses effectuées l’étaient sous le contrôle du cabinet du premier ministre. Donc, c’est une contre-vérité de dire que le DG peut bouffer l’argent de la redevance logistique. Et puis, à mon époque, 30 millions USD étaient même le total de tout ce qu’on avait dans toutes les banques.

Le DG n’actionne ce compte que sur instruction du premier ministre. Même le moindre clou que vous devez acheter sur ce compte-là doit être ordonné par le cabinet du premier ministre. On n’a pas la maîtrise de ce compte-là, on ne l’utilise pas quand on veut, on ne peut miser le fonctionnement de l’entreprise sur ce compte-là. Et moi, je ne comptais pas sur ce compte-là.

Vous savez, l’Onatra a des atouts qui peuvent permettre aux banques de l’accompagner. On a une manne du ciel : le ciment qui est produit le long du chemin de fer. L’évacuation du ciment par chemin de fer. J’insiste par chemin de fer, l’entreposage au niveau des ports de Kinshasa, la distribution par voie fluviale par les lignes Kinshasa-Kisangani et Kinshasa-Kasaï, eh ben l’Onatra serait devenu aujourd’hui avec le plan que j’avais, l’entreprise la plus prospère de notre pays. C’était réel parce qu’on avait un business plan. Je suis de travaux publics, j’ai été ministre de travaux publics, j’ai grandi à l’Office de routes, je vous dis que la route de Kinshasa-Matadi n’a pas été dimensionnée pour recevoir un trafic de cent ou deux cents remorques en vue de prendre les charges qui arrivent au port de Matadi.

Vous avez été le bon DG de la SCTP. Mais qu’est-ce qui a occasionné votre départ ?

K.M : C’est ce que je n’ai jamais voulu dire jusqu’à aujourd’hui. Je suis respectueux des autorités du pays. Mais je vous dis que j’ai été suspendu sur instruction du premier ministre (NDLR : Augustin Matata Ponyo à l’époque). Madame la ministre du Portefeuille m’avait suspendu le 22 novembre 2016 sur instruction du premier ministre par une lettre qui datait du 15 novembre. Mais tout le monde sait qu’il avait démissionné le 14 novembre. Et vous savez que le 22 novembre celui qui devait succéder au premier ministre était déjà nommé et le Gouvernement était en train d’expédier les affaires courantes.

Et le deuxième motif c’était un rapport d’une commission du Conseil d’administration qui devait être examiné et adopté le 29 novembre. Mme la ministre s’en était saisi le 22 novembre. J’avais réagi lorsqu’au cours d’une sortie malencontreuse, Mme la PCA, on lui a fait dire que j’avais détourné 7 millions USD. Je lui ai fait comprendre que c’était grave pour une PCA de ne pas comprendre ce que signifiait la restructuration d’une entreprise. Donc, il faut mettre la personne qu’il faut à la place qu’il faut.

Donc, juridiquement, c’était tout ce qui avait de plus irrégulier. Mais je ne suis pas un va-t-en en guerre. On ne m’a jamais vu à la justice, ni dans la presse.

Dites-nous, quelles sont les vraies pistes pour redresser la SCTP ?

K.M : D’abord, il faut parachever le processus de privatisation. Nous sommes partis de l’Office à la société commerciale. Aujourd’hui, l’actionnaire principal de la SCTP c’est l’Etat congolais. Ce qui n’est pas normal. Ensuite, il faudra voir la situation des effectifs pour diminuer la masse salariale qui s’élève à au moins 6,5 millions USD mensuellement. J’ai laissé au moins 1.500 agents très éligibles à la pension. Ces gens peuvent être déversés à la Caisse nationale de sécurité sociale.

Aussi, à mon arrivée à la SCTP, j’ai demandé aux agents qu’on oublie dans notre travail le P (NDLR : Port) qui est venu tardivement en 2008 dans la mission de la société. Car, la société était concentrée depuis sa création en 1935 au transport fluvial et ferroviaire. C’est ce que j’ai pu faire pendant mon mandat parce que je savais qu’avec la construction autorisée des ports privés à Matadi, l’Onatra n’allait pas s’en sortir.

Mais aussi comme je l’ai dit précédemment, un DG de l’Onatra doit créer son propre argent. Il doit être un homme de terrain qui doit abandonner son bureau climatisé pour les chantiers. On ne doit diriger par sophisme l’Onatra, il faut une intelligence pratique. J’ai dit.

Kimbemba Mazunga, merci d’avoir répondu à nos questions.

K.M : C’est à moi de vous remercier parce que vous avez fait le déplacement de mon bureau.

Propos recueillis par

Innocent Olenga

 

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