Animaux protégés - Tentative de transaction des espèces animales protégées avec la Chine   : un démenti du Ministère de l’Environnement qui ne dément pas.

Dans un communiqué de presse publié lundi 25 Juin, le Directeur de cabinet du ministre de l’environnement et développement durable tente de démentir l’information selon laquelle certaines espèces protégées de la RDC faisaient l’objet d’une transaction entre son ministère via l’Institut Congolais de Conservation de la Nature (ICCN) et deux zoos chinois. Me Moïse Bumbu Lukubile reproche aux médias une mauvaise interprétation de la lettre de son ministre adressée au responsable des zoos chinois dont copie réservée au directeur général de l’ICCN.

Désignant les espèces concernées  (6 gorilles, 8 bonobos, 8 chimpanzés, 4 lamantins et 10 Okapi pour chaque zoo), le ministre Amy Ambatobe a écrit ceci au responsable des zoos chinois : « … y faisant suite, je vous demande d’accueillir une équipe de mes experts en Chine, en vue de se rassurer de l’accueil et surtout de la meilleure conservation de ces différentes espèces aux zoos sus vantés. Pour ce faire, le Directeur Général de l’ICCN qui me lit en copie est prié de prendre toutes les dispositions utiles pour l’aboutissement heureux de ce dossier ». A lire l’accusé de réception qui frise un accord de principe du ministre de l’Environnement face à la demande du directeur exécutif de Tianjin Junheng International Trade Corporation d’importer vers la Chine des espèces protégées ci-haut énumérées, tout observateur a la nette conviction qu’il n’y a eu aucune concertation en amont avec l’organe technique qu’est l’ICCN. Le ministre a voulu faire subir celui-ci.

Non sans raison, la lettre de réaction du directeur de l’ICCN n’est ni moins ni plus un désaveu de la démarche déjà entreprise par le ministre, en violation des lois sur les espèces protégées. Avant de répondre  la demande des Chinois, il lui aurait fallu consulter bien avant l’ICCN pour avoir une note technique pouvant l’aider à répondre avec responsabilité. Car, la façon dont a réagi le directeur de l’ICCN, démontre que le ministre et son cabinet ne maîtrisent pas les lois du secteur. Autrement dit, c’est une leçon de remise à l’ordre. Le directeur de cabinet, de surcroît avocat, aurait pu faire tout simplement un mea culpa. Car, au ministère, ce n’est pas le ministre qui traite les dossiers. C’est pour cette raison qu’il dispose d’un cabinet des conseillers (experts) chapoté par un directeur, dans le cas d’espèce par Me Moïse Bumbu Lukubile. Ce dernier aurait pu avec les conseillers, avant de soumettre la lettre d’accusé de réception au ministre, consulter les textes réglementaires du secteur et au besoin interroger l’organe technique. Mais laisser le ministre signer une correspondance vite mise en cause par l’organe technique, est une faille du cabinet.

Le fait que la mise au point pour démentir la transaction de ces espèces protégées émane du directeur de cabinet, en lieu et place du ministre mis en cause, prouve que ce dernier doit certainement être fâché contre son cabinet qui l’a induit en erreur. Au lieu de balbutier, le directeur de cabinet d’Amy Ambatobe a manqué l’occasion de se taire. Lorsqu’on parle d’un échange, les objets ou les éléments proposés en échange doivent clairement être connus. Ici, ce que la RDC était censée donner est connu, mais ce que la Chine lui devait en retour n’est pas connu. Et lorsque le ministre demande à l’ICCN qui le lit en copie de prendre toutes les dispositions pour un aboutissement heureux du dossier sans faire lui-même allusion à la convention CITES et  à la loi sur les espèces protégées de la RDC, il y a donc un sérieux problème de gestion du Ministère de l’Environnement et conservation de la nature.

Voilà pourquoi L’ICCN qui a compris l’esprit et la lettre de la correspondance de sa tutelle, a saisi l’occasion pour rappeler au ministre les résolutions pertinentes de la convention CITES et les différentes réglementations congolaises en matières de conservation de la nature et surtout des espèces protégées telles qu’énumérées dans ce dossier qui d’ailleurs ne devait pas couler beaucoup d’encres s’il était traité sans complaisance par le cabinet du ministre. Les membres du cabinet devaient savoir que pendant la deuxième république, les Okapis ont été chèrement vendus  en occident, en Asie et même en Amérique par les enfants Mobutu. Mais aucun n’avait  survécu plus de 30 jours. Aujourd’hui qu’est-ce qui a changé dans ces écosystèmes pour qu’ils soient favorables à ces espèces ? Au lieu de s’attaquer aux médias qui ont fait correctement leur travail, le directeur de cabinet du ministre Amy Ambatobe ferait mieux dans l’avenir d’éviter de traiter des dossiers sensibles avec légèreté.

Nzakomba

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