François Ndjeka - Réflexions d’un philosophe (XX): RDC : quelle est ton identité ?

Qui es-tu, République Démocratique du Congo ? Dis-nous qui tu es !

J’ai pas besoin que tu me dises que tu es le deuxième plus vaste pays d’Afrique, du point de vue superficie, après l’Algérie, le Soudan ayant été coupé en deux, ou que tu as neuf proximités limitrophes ou encore que tu es située géostratégiquement au cœur de l’Afrique ou encore que ton sous-sol regorge des ressources minières fabuleuses comme il n’en existe pas de pareil en Afrique.

Ou que tu te mettes à magnifier l’étendue de tes forêts restées encore intactes ou la multitude de tes rivières qui charrient plusieurs centaines de millions de tonnes d’eau douce à même de faire le bonheur de l’ensemble des pays du Sahel ou encore de l’immensité de tes lacs qui sont de véritables mers intérieures et qui regorgent des poissons qui meurent eux-mêmes de vieillesse ou encore de la vastitude des étendues de tes terres arables qui n’attendent que la mécanisation pour nourrir tes fils et filles et une grande partie de l’Afrique.

Non, ce n’est pas de cette identité-là dont il est question ici. Ça, beaucoup de gens le savent. Il s’agit plutôt de ta définition quidditative, celle qui dit ce que tu es en toi-même, ce qui fait que tu es ce que tu es !

Mais comme il est toujours difficile de parler de soi-même, nous allons t’aider à dire ce que nous croyons que tu es, ce que nous voyons que tu es, avec tous les risques de nous tromper car il existe toujours en matière de définition ontologique un côté insaisissable, imprenable !

Devrions-nous débuter par faire part de l’existence sur ton sol des 450 ethnies qui fondent la diversité des coutumes, des langues, des religions et des cultures qui font ta richesse et définissent ton identité dont le tableau suggère une conjugaison féconde des particularismes qui se subliment en une forte adhésion à l’unité.

RDC ! Tes origines ne remontent pas en 1885 lorsque les puissances de l’époque se réunissent à Berlin et décident de se partager les pays africains en dessinant le tracé qui définit aujourd’hui tes frontières. Tu existais déjà sous la forme des royaumes et empires bien structurés avec une organisation bien établie.

Mais quand tu t’es auto-nommée « République Démocratique du Congo  » au moment de ton accession à la souveraineté nationale et internationale, comme on dit, as-tu oublié que le nom est identique à la réalité qu’il désigne ? Car en ton nom réside ton identité, ton être, dans l’unité de ce que tu es et de ton destin ? Et que changer de nom équivaut à une transformation de l’être et à une mutation de sa destinée ?

A ton indépendance en 1960, sortant d’un type de gestion paternaliste pendant la colonisation, tes fils et filles n’ont pas été préparés à s’autogérer, à s’auto-assumer. Ce fait, conjugué à la malveillance de quelques malins, va entraîner des ratés et provoquer des clashes qui vont durablement marquer ton destin.

Mais entre-temps, tes fils et filles ont été reçus dans toutes les grandes universités et académies du monde et ils disposent de ce fait des backgrounds et de toutes les qualifications nécessaires pour promouvoir ton développement et augmenter ta valeur en tant que nation.

Mais tes fils et filles ont-ils été à la hauteur des ambitions qui étaient tiennes ?

Hélas ! Trois fois hélas !
En dehors de quelques années de gloire, de puissance et de lumière qui ont illuminé de leurs feux la route de ton peuple vers le bonheur, le reste de temps ne fut qu’un long cheminement chaotique ressemblant à une longue traversée du désert.

Par rapport à ce que tu as et à ce que tu devais être, ceci est impardonnable, dans la mesure où tout mais alors tout te prédestinait à un destin de grandeur !

Les bases éthiques héritées de la colonisation et qui faisait la force de l’administration postcoloniale ont été systématiquement sapées puis abandonnées au profit d’un arrivisme de mauvais aloi. Des antivaleurs sont nées et se sont incrustées progressivement dans les pratiques sociales, notamment le goût pour l’enrichissement personnel au détriment du bien-être collectif.

RDC, quel visage présente-tu aujourd’hui en face du monde ? Un visage tuméfié, boursouflé, à cause des coups que tes fils et filles et ceux qui ont été encouragés par eux t’ont infligés.

Les autres t’appellent  » un pays des paradoxes  », car tu as un sous-sol excessivement riche mais avec une population extrêmement pauvre.

Le terme  » scandale  » qui te colle à la peau et qu’on utilise pour qualifier tes nombreuses ressources du sous-sol, suggère peut-être une face cachée de ton être. Car le concept scandale revêt toujours une connotation négative.
Et quand tu te présentes souvent toi-même comme un scandale géologique, un scandale hydrographique, ceci apparaît comme une auto-flagellation, un auto-goal. Il faut plutôt parler de  » fabuleuses ressources du sous-sol  » au lieu de scandale géologique. C’est plus positif.

Je ne vois même pas pourquoi tu dois en être fière et te vanter d’en disposer. D’autant plus que ces fabuleuses ressources sont un don de la nature, tu n’as rien fait de spécial pour les mériter. C’est un don généreux de la nature. Mais cela implique une responsabilité dans ton chef : tu dois extraire ces ressources naturelles du sous-sol pour y apporter de la valeur ajoutée pour assurer le bien-être de tes fils et filles d’abord et celui des autres ensuite. Tant que tu n’as pas réussi cela, tu dois te taire. Ne t’en vante pas car ce n’est pas ton œuvre !

Au plan politique, tes crises récurrentes de légitimité créent une instabilité politique et sécuritaire qui ne favorise pas l’investissement étranger et partant ton épanouissement. C’est comme si tes fils sont habités par le mauvais génie dont parlait Descartes et qui les poussent à défaire eux-mêmes l’ordre institutionnel qu’ils ont laborieusement mis en place. C’est à ne rien comprendre !

Aujourd’hui, les meilleurs de tes fils et filles ont choisi de se taire. Ils attendent que les cieux s’éclaircissent pour qu’ils mettent leur science et leur sagesse à contribution pour ton relèvement. Nous ne les condamnerons pas. C’est leur choix.

De l’autre côté, ce sont les intellectuels moyens et les médiocres qui ont le verbe haut et occupent tous les espaces de parole et font de la clameur !

Mais de peur que tu ne sois complètement ensevelie sous les décombres de tous ces bavards, quelques-uns de tes meilleurs fils et filles se font violence et acceptent de mêler leurs voix à celles de tous ces thuriféraires, ces flatteurs pour inciter la population à l’éveil et à une auto-prise en charge.
Bravo à eux !

RDC, tu t’es farouchement battue dernièrement pour te faire élire au Conseil des Nations-unies pour les Droits de l’homme et tu as eu le siège. Mais as-tu pris la mesure de l’étendue de tout ce que cela implique en termes d’exigence d’exemplarité en matière de respect des Droits de l’homme chez toi ? As-tu pris soins d’instruire tous tes services de police et de sécurité quant à la conduite à tenir par rapport au respect des droits de l’homme maintenant que tu es membre du Conseil des Droits de l’homme ? Car si les abus continuent comme c’est le cas présentement, ne sois pas étonnée d’en être exclue avant le terme de ton mandat de 2 ans comme ce fut le cas pour la Libye.

RDCONGO, qu’es-tu devenue ? Que t’ont fait ceux de tes fils et filles à qui tu as confié les rênes de ton destin ? Un cimetière des ambitions et des vocations de tes fils et filles actifs et visionnaires.

Quoiqu’il en soit, je pense que l’espoir est encore permis. A condition d’opérer une rupture radicale avec tout ce qui se fait maintenant et que ceux de tes meilleurs fils et filles qui ont choisi de se taire rejoignent ceux qui luttent sur le terrain pour mutualiser les intelligences et les efforts !

Ça c’est possible, à condition de le vouloir sincèrement !

François Ndjeka

Philosophe.

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