Masungu et Mudumbi - RDC : pourquoi tue-t-on Banza Mukalay pour la deuxième fois à l’UDCO ?

Le géniteur de l’Union pour le Développement du Congo (UDECO), Baudouin Banza Mukalay doit tourner plusieurs fois dans sa tombe et couler les larmes à voir l’agitation qui se passe dans sa formation politique. Du véritable rififi est constaté ces derniers jours au sein de ce parti membre de la Majorité présidentielle. Deux groupes se disputent le leadership du parti et s’excluent réciproquement. Ce qui crée un dédoublement de l’UDCO au sein de la même plateforme Majorité Présidentielle : UDECO/aile Masangu et UDECO/aile Mudumbi. Une première depuis que l’on parle des dédoublements des partis politiques en RDC. Généralement, s’il y a une ARC, une UNADEF ou UNAFEC dans l’opposition, il y a aussi dans la Majorité présidentielle. Mais jamais un même parti disloqué au sein d’un même regroupement politique, et chacun de son côté  prétendant loyauté à la même autorité morale !

Tout commence le dimanche 21 mai dernier lorsqu’un groupe se réclamant des fondateurs et co-fondateurs de l’UDCO, conduit par le député national Joseph Mudumbi annonce la déchéance de Jean-Claude Masungu, président de l’UDCO depuis la mort de Banza Mukalay, accusé entre autres de népotisme et de clientélisme. « Il a fait montre de beaucoup d’amateurisme, de complaisance dans la direction du parti et dans le traitement des dossiers de haute portée politique », soutient Venant Wabelo, président fédéral de l’UDCO/Kongo central. Mais d’après les informations recueillies par Scooprdc.net, le vrai reproche fait à Jean-Claude Masangu c’est d’avoir présenté une liste des candidats ministrable au gouvernement Tshibala, comprenant outre lui-même, le nom de sa fille et celui d’Aimé Kilolo, le célèbre avocat dans l’affaire Jean-Pierre Bemba à la Cour Pénale Internationale (CPI). Aimé Kilolo venait d’adhérer au parti il n’y avait que trois mois. Le president Kabila aurait rejeté cette liste et l’UDCO a dû perdre son quota ministériel. Voilà qui a suscité la colère de Mudumbi et compagnie.

Mais l’ancien argentin de la Banque Centrale rejette le même jour cette destitution et promet des sanctions : « toutes les résolutions prises par ces dissidents sont nulles et non avenues. C’est un non avènement. Dans les prochaines heures, les instances dirigeantes du parti vont tirer toutes les conséquences dans le strict respect de textes statutaires et règlementaires qui régissent le fonctionnement de l’UDCO ». Liant sa parole à l’acte, ceux qui sont avec lui organisent un jour après une cérémonie au siège du parti et déclarent le soutenir. A l’occasion, Baltazar Shamba, présenté comme secrétaire général de l’UDCO déclare que  sur tous les membres que compte les fondateurs et co-fondateurs, les 2/3 des membres fondateurs se refusent de rejoindre les errements des dissidents qui les ont cités abusivement. Et d’ajouter aussi que sur les six députés nationaux que compte l’UDCO, cinq, soit la quasi-totalité des députés ont redit leur confiance au président national, Jean-Claude Masangu Mulongo, tout comme ils désapprouvent la fronde dont les résolutions sont déclarées nulles et non avenues.

Ne désarmant pas, deux jours après, le groupe de Mudumbi enfonce le clou dans un point de presse pour confirmer la déchéance de Jean-Claude Masangu. Et c’est Joseph Mudumbi, vice-président de l’UDCO du temps de Banza Mukalay qui déclare lui-même ce qui suit : « les textes régissant l’UDCO sont bien clairs en ce qui concerne la désignation du président national du parti. Le président déchu, contrairement à ce qu’il allègue, n’a pas été désigné par le congrès du parti. Il l’a été par un arrangement particulier du comité directeur au cours d’une réunion extraordinaire à Lubumbashi, le 23 mai 2016 aux fins de pourvoir rapidement au vide laissé par le décès inopiné du très regretté Baudouin Banza Mukalay Nsungu. C’est donc, au nom du principe de l’acte contraire que le même comité directeur a pris la décision de le déchoir. Le président déchu ne peut donc pas se prévaloir d’un acte qui ne couvre pas sa désignation ».

Depuis lors s’est ouverte une guerre des communiqués et des conférences de presse. Actuellement, chaque camp projette le congrès du parti. Et dans ce conflit de leadership, c’est le reniement total de part et d’autre. Cette façon de faire une année seulement après la mort de l’initiateur du parti, estiment les observateurs, n’est ni plus ni moins cracher sur sa mémoire. Les deux camps feraient mieux de se réconcilier s’ils sont réellement des « banzistes » et servent la même autorité morale de la Majorité présidentielle qu’est Joseph Kabila. Le contraire serait tuer Banza Mukalay pour la deuxième fois dans sa tombe.

Georges Ilunga

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