Modeste bahati 2 - Nominations des nouveaux mandataires à l’ANAPI : que cacherait le coup de gueule de Modeste Bahati  ?

La récente correspondance du ministre d’Etat et ministre du Plan, Modeste Bahati,  en accusé de réception à celle du directeur de cabinet du président de la République, Néhémie Mwilanya, est non seulement une flèche dirigée contre le patron de l’administration présidentielle, mais aussi une bombe qui a défragmenté dans la Majorité présidentielle. D’après un cadre de cette plateforme qui s’est confiée à scooprdc.net, c’est un affront de Modeste Bahati  contre le chef de l’Etat Joseph Kabila et une guerre ouverte contre son directeur de cabinet,  Néhémie Mwilanya. 

 En effet, dans sa lettre n°1244/07/2017 du 15 juillet dernier, le directeur de cabinet du président de la République enjoint le ministre d’Etat et ministre du Plan  d’exécuter l’ordonnance présidentielle portant nomination des nouveaux mandataires à l’Agence Nationale pour la Promotion des Investissements (ANAPI). Mais, par son accusé de réception douze jours après, Modeste Bahati soulève des irrégularités contenues dans cette ordonnance qui énervent l’esprit et la lettre tant de la loi portant dispositions générales applicables aux établissements publics que du décret portant statuts, organisation et fonctionnement de l’ANAPI. « Par devoir de responsabilité et correction, mais aussi par souci de préserver le prestige de la haute fonction présidentielle de laquelle émane ladite ordonnance, je m’en remets à votre personnalité pour la marche à suivre », écrit Modeste Bahati à Néhémie Mwilanya. Un refus poli d’obtempérer…

D’après plusieurs analystes, il y a quelque chose qui cloche au sein de la Majorité présidentielle. A lire attentivement la correspondance de Bahati, on se rend vite compte que ce dernier est frustré et s’est ouvertement rebellé. Comment un ministre peut-il refuser d’exécuter une ordonnance du chef de l’Etat et exiger des corrections ? Ne réalise-t-il pas que cette attitude frise un comportement irrévérencieux ou un affront direct envers le président de la République et son autorité morale ? S’en fout-il de ce qui pourrait lui arriver comme sanction ? L‘homme est-il en train de quitter la Majorité présidentielle ou de scier l’arbre sur lequel il est assis ? Autant de questions que scooprdc.net a recueilli auprès des analystes de la situation politique de la RDC après recoupement. Et tente de trouver des réponses.

D’emblée, Modeste Bahati et Néhémie Mwilanya sont des Sud-Kivutiens. Entre les deux, il y a une grande guerre de leadership. Le premier, fort de son poids politique veut directement traiter avec le chef de l’Etat sans passer par qui ce soit. Le second, bien que nouveau venu dans le monde politique, mise sur son rôle important dans le précarré du chef de l’Etat, pour se faire la porte par laquelle tout le monde et tout doivent passer. Se faisant petit « Jésus-Christ », il aurait, d’après nos sources, mis de côté tout récemment, non seulement la liste des candidats mandataires de l’Alliance des Forces Démocratiques du Congo (AFDC), parti de Modeste Bahati, mais aussi celle des candidats mandataires à l’Agence Nationale pour la Promotion des Investissements (ANAPI). Voilà qui mettrait Modeste Bahati dans tous ses états, lui qui se considère comme un éléphant avec son parti, deuxième force politique de la Majorité après le PPRD. L’autorité morale de l’AFDC ne comprendrait pas que Joseph Kabila cautionne cette façon de faire de Néhémie Mwilanya !  Est-ce par naïveté ou par complicité ? Difficile pour scooprdc.net de répondre à cette question. Mais toujours est-il que Bahati ne supportant pas cette humiliation, a ouvertement ramené les deux au respect des textes. On dirait leçon d’un professeur d’université à ses étudiants…il l’est ! 

Plusieurs fois frustré ! 

Au départ de la bande de Pierre Lumbi de la Majorité présidentielle pour former le G7, cette plateforme devait en principe être G8. Modeste Bahati et son AFDC se seraient rétractés à la dernière minute. Tous calculs faits, Modeste Bahati a réalisé qu’avec le départ de Mouvement Social pour le Renouveau (MSR), son AFDC devenait automatiquement la deuxième force de la MP avec ses 21 députés nationaux après le Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD).  Place qui lui procurerait un nombre important des ministères au sein du gouvernement, stratégie politique oblige. Mais un rêve qui ne s’est pas réalisé comme voulu. A chaque gouvernement, l’AFDC n’a que deux ministères. Ce parti en réclame toujours plus sans succès. On se rappelle même que Modeste Bahati avait à un moment pété le plomb lorsqu’il quitte le ministère du travail et prévoyance sociale pour l’Economie. Avant lui, le « Travail et prévoyance sociale » était une vice-primature. Lorsque lui est nommé, ce portefeuille est réduit à un simple ministère. Quand il est nommé ministre de l’Economie, le « Travail et prévoyance sociale » redevient une vice-primature… Dans une matinée politique à Notre Dame de Fatima, il n’était parti par quatre chemins pour fustiger cette injustice.

Son coup de gueule à Joseph Kabila via Néhémie Mwilanya n’est qu’expression de ces frustrations encaissées. Car, Modeste Modeste est sans ignorer que c’est un affront à Joseph Kabila, son refus d’exécuter son ordonnance. Il s’attend sans doute à tout. Est-ce la prudence d’un fin politique qui voit le navire en train de chavirer et voudrait déjà le quitter avant qu’il ne soit tard ? Cette hypothèse n’est pas à écarter lorsqu’on sait que le président de l’AFDC avec Antipas Mbusa Nyamwisi, Olivier Kamitatu, José Endundu avaient haussé la voix en 2010 pour décrier le dysfonctionnement de la MP. Cette « rébellion » à l’interne avait été vite matée. Il est revenu à la charge en 2015 avec les frondeurs du G7, avant de se rétracter en dernière minute. Cette troisième tentative de révolte serait-ce une stratégie pour se faire exclure de la MP et bénéficier du crédit auprès des détracteurs du régime finissant de Joseph Kabila, sur qui sont dirigées les flèches des occidentaux et des américains ? Tout est possible…, mais attendons voir la suite.

Agnalo Agnade

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